Dernière mise à jour : Mars 2026
Compteur kilométrique trafiqué : comment le détecter et quels recours juridiques ?
Chaque année en France, entre 5 % et 10 % des véhicules d'occasion sont vendus avec un compteur kilométrique trafiqué. Cela représente environ 500 000 à 600 000 véhicules concernés, pour un préjudice moyen de 2 000 à 5 000 euros par acheteur floué. En tant qu'avocat exerçant à Bressuire, en Deux-Sèvres, je traite régulièrement ces dossiers.
Si vous avez le moindre doute sur le kilométrage réel de votre véhicule, sachez que la loi vous protège et que des recours efficaces existent. Dans ce guide complet, je vous explique comment repérer un compteur trafiqué, quelles sont vos options juridiques, et comment obtenir l'annulation de la vente ou une indemnisation.
Qu'est-ce qu'un compteur kilométrique trafiqué ?
Un compteur kilométrique trafiqué est un compteur dont le kilométrage affiché a été artificiellement réduit pour faire paraître le véhicule moins usé qu'il ne l'est réellement. Cette manipulation vise à augmenter la valeur marchande du véhicule en trompant l'acheteur sur son état d'usure réel.
Définition juridique : La fraude au compteur kilométrique consiste en la modification volontaire du kilométrage inscrit au compteur d'un véhicule automobile. Cette pratique est expressément interdite par l'article 3 du décret n° 78-993 du 4 octobre 1978 qui dispose : « Il est interdit de modifier le kilométrage inscrit au compteur d'un véhicule automobile ou de le ramener au chiffre zéro. »
Concrètement, un vendeur malhonnête va diminuer le nombre de kilomètres affichés au compteur pour donner l'impression que le véhicule a moins roulé. Un véhicule qui affiche 80 000 km au lieu de 180 000 km en réalité vaudra significativement plus cher à la revente.
Cette fraude touche particulièrement les véhicules importés d'Allemagne et d'autres pays européens, où les contrôles sont parfois moins systématiques. Les progrès en matière de fiabilité automobile rendent par ailleurs la détection visuelle plus difficile : un véhicule moderne ayant parcouru 200 000 km peut paraître en excellent état extérieurement.
Comment savoir si un compteur de voiture a été trafiqué ?
Pour détecter un compteur trafiqué, il faut croiser plusieurs indices : l'état d'usure du véhicule, les documents d'entretien, l'historique HistoVec, et si nécessaire un diagnostic électronique professionnel. Aucun signe pris isolément n'est suffisant, mais un faisceau d'indices concordants révèle la fraude.
Quels sont les signes visuels d'un compteur trafiqué ?
Les signes visuels d'un compteur trafiqué incluent une usure excessive des éléments de l'habitacle par rapport au kilométrage annoncé. Voici les points à vérifier attentivement :
L'usure de l'habitacle est le premier indice. Si le kilométrage annoncé est faible mais que vous constatez des pédales très usées, un volant lissé par l'usage, un levier de vitesse poli, ou des sièges affaissés — il y a une incohérence manifeste. Un véhicule à 60 000 km ne devrait pas présenter ces signes d'usure prononcés.
L'état des pneus constitue un indice complémentaire. Des pneus neufs sur un véhicule annoncé à faible kilométrage peuvent indiquer qu'on a voulu masquer une usure anormale. À l'inverse, des pneus très usés sur un véhicule supposé avoir peu roulé trahissent la fraude.
Le compteur lui-même peut révéler la manipulation. Sur les compteurs analogiques (anciens modèles), des chiffres mal alignés ou des traces de démontage du tableau de bord sont des signaux d'alerte. Sur les compteurs numériques, la détection visuelle est quasi impossible sans outil de diagnostic, car la reprogrammation se fait par voie électronique.
Les traces de démontage du tableau de bord — vis marquées, plastiques rayés autour du compteur, jointures mal repositionnées — sont également suspectes.
Comment utiliser HistoVec pour vérifier le kilométrage ?
HistoVec est un service gratuit du Ministère de l'Intérieur qui permet de consulter l'historique administratif d'un véhicule, incluant les kilométrages relevés lors des contrôles techniques. C'est l'outil le plus accessible et le plus efficace pour détecter une fraude au compteur.
Pour l'utiliser, rendez-vous sur histovec.interieur.gouv.fr. Le vendeur peut générer un rapport et vous le transmettre. Ce rapport contient :
- La date de première mise en circulation
- Les kilométrages relevés à chaque contrôle technique
- La situation administrative du véhicule (gage, opposition, vol)
- Les sinistres déclarés ayant nécessité un contrôle par un expert
En comparant les kilométrages successifs, vous pouvez détecter une incohérence flagrante. Par exemple, si le véhicule affichait 150 000 km lors du contrôle technique de 2022 et n'en affiche plus que 90 000 en 2024, la fraude est évidente.
Attention cependant aux limites de HistoVec. Comme je l'explique souvent à mes clients au cabinet de Bressuire, cet outil ne recense que les contrôles techniques réalisés en France. Un véhicule importé ayant circulé plusieurs années à l'étranger peut échapper à cette vérification. De même, une fraude commise avant le premier contrôle technique (obligatoire uniquement à partir du quatrième anniversaire du véhicule) ne sera pas détectable.
Quels documents d'entretien faut-il vérifier ?
Le carnet d'entretien, les factures de réparations et les relevés de passage en concession sont des documents essentiels pour vérifier la cohérence du kilométrage. Chaque intervention mécanique enregistre généralement le kilométrage du véhicule.
Je conseille systématiquement à mes clients de :
- Demander l'intégralité du carnet d'entretien et vérifier que les kilométrages sont cohérents et progressifs
- Réclamer les factures d'entretien auprès du vendeur et, en cas de doute, contacter directement les garages mentionnés pour confirmer les données
- Vérifier les étiquettes de vidange parfois collées dans le compartiment moteur ou sur le montant de portière : elles mentionnent souvent la date et le kilométrage
- Contacter la concession de la marque : le constructeur automobile conserve dans ses fichiers les passages en concession avec le kilométrage relevé. C'est souvent la preuve la plus solide. La Cour de cassation a d'ailleurs admis ce type de preuve dans un arrêt de la première chambre civile du 16 juin 2021 (n° 19-21.719).
Le diagnostic électronique peut-il prouver la fraude ?
Oui, le diagnostic électronique est l'un des moyens les plus fiables pour détecter un compteur trafiqué. Les véhicules modernes enregistrent des données kilométriques dans plusieurs modules électroniques indépendants du compteur (ABS, airbags, boîte de vitesses, calculateur moteur).
Un technicien équipé d'un outil de diagnostic OBD (On-Board Diagnostics) peut interroger ces différents modules. Si le compteur affiche 80 000 km mais que le module ABS a enregistré 180 000 km, la preuve de la manipulation est irréfutable.
Ce diagnostic peut être réalisé :
- Avant l'achat, par prudence, chez un garagiste indépendant ou en concession (comptez entre 50 et 150 euros)
- Après l'achat, pour constituer un dossier de preuves en vue d'une action judiciaire
Dans ma pratique au cabinet de Bressuire, je recommande systématiquement à mes clients de faire réaliser ce diagnostic avant tout achat de véhicule d'occasion, surtout lorsque le vendeur est un particulier ou un professionnel non agréé par le constructeur.
Quels outils en ligne permettent de vérifier un véhicule d'occasion ?
Outre HistoVec, plusieurs plateformes en ligne permettent de vérifier l'historique d'un véhicule d'occasion. Voici les principaux :
- HistoVec (gratuit) : outil officiel du Ministère de l'Intérieur, qui donne accès aux données des contrôles techniques français
- Odopass et Histo-Auto : services payants qui agrègent des données européennes, particulièrement utiles pour les véhicules importés
- Les fichiers constructeurs : en contactant directement une concession agréée de la marque du véhicule, vous pouvez obtenir l'historique des passages en réseau avec les kilométrages enregistrés
Pour les véhicules importés d'Allemagne — qui représentent une part significative des fraudes — ces outils transfrontaliers sont particulièrement précieux car ils permettent de récupérer des données que HistoVec ne possède pas.
Quel est le fondement juridique pour agir en cas de compteur trafiqué ?
L'acheteur d'un véhicule dont le compteur a été trafiqué peut agir sur plusieurs fondements juridiques : le manquement à l'obligation de délivrance conforme (article 1604 du Code civil), le dol (articles 1137 et 1138 du Code civil), le délit de tromperie (article L. 213-1 du Code de la consommation), et dans certains cas la garantie des vices cachés (article 1641 du Code civil).
L'obligation de délivrance conforme : le fondement principal
Le manquement à l'obligation de délivrance conforme, prévu par l'article 1604 du Code civil, est aujourd'hui le fondement juridique principal retenu par les tribunaux en matière de fraude au compteur kilométrique.
Le vendeur est tenu de livrer un véhicule conforme aux caractéristiques annoncées. Le kilométrage constitue une caractéristique essentielle du véhicule d'occasion, déterminante du consentement de l'acheteur. Un véhicule dont le compteur a été trafiqué n'est donc pas conforme à ce qui a été convenu entre les parties.
La jurisprudence est désormais claire et constante sur ce point. La Cour d'appel de Lyon, dans un arrêt du 7 mars 2017 (n° 15/09622), a jugé que le kilométrage constitue « une caractéristique essentielle attendue de la chose vendue » et a prononcé la résolution de la vente pour défaut de conformité.
La Cour de cassation a confirmé cette analyse dans plusieurs arrêts récents, notamment :
- Cass. 1re civ., 1er juin 2022, n° 20-19.623 : la Cour a confirmé la résolution de la vente d'un véhicule dont la date de mise en circulation et le kilométrage réels n'avaient pas été communiqués de manière précise et compréhensible à l'acheteur
- Cass. 1re civ., 16 juin 2021, n° 19-21.719 : résolution de la vente confirmée sur le fondement du défaut de conformité, le kilométrage ayant été modifié entre deux propriétaires successifs
L'avantage majeur de ce fondement est qu'il n'est pas nécessaire de prouver que le vendeur connaissait la fraude. Le respect de l'obligation de délivrance est une notion objective, indépendante de la bonne ou mauvaise foi du vendeur. Comme l'a rappelé la Cour d'appel de Versailles le 21 décembre 2017, l'acheteur peut se retourner contre son vendeur même si celui-ci n'est pas à l'origine de la modification du compteur et même s'il est de parfaite bonne foi.
Le dol : un fondement complémentaire puissant
Le dol, prévu par les articles 1137 et 1138 du Code civil, permet d'obtenir la nullité de la vente lorsque le vendeur a intentionnellement trompé l'acheteur sur le kilométrage. Ce fondement est particulièrement pertinent lorsque le vendeur est à l'origine de la manipulation.
Le dol peut être constitutif soit de manœuvres frauduleuses (modification active du compteur), soit d'une réticence dolosive (dissimulation intentionnelle d'une information déterminante). Le vendeur qui vend un véhicule dont le compteur a été trafiqué commet une tromperie qui vicie le consentement de l'acheteur.
L'intérêt du dol est qu'il ouvre droit non seulement à la nullité de la vente, mais aussi à des dommages-intérêts plus étendus, incluant la réparation du préjudice moral et de tous les frais engagés par l'acheteur.
La tromperie pénale : un levier supplémentaire
Lorsque le vendeur est un professionnel, l'acheteur peut également invoquer le délit de tromperie prévu par l'article L. 213-1 du Code de la consommation. Ce délit est puni de deux ans d'emprisonnement et 300 000 euros d'amende.
La voie pénale présente un intérêt stratégique important : elle permet de bénéficier des moyens d'enquête de la police et de la gendarmerie pour établir la preuve de la fraude. L'acheteur peut déposer plainte par simple lettre adressée au procureur de la République.
La Cour de cassation, chambre criminelle, a confirmé dans un arrêt du 27 mai 2014 (n° 13-84.081) que la minoration du kilométrage constitue bien une tromperie sur les qualités substantielles du véhicule au sens de l'article L. 213-1 du Code de la consommation.
Attention toutefois : au pénal, il faut prouver que le prévenu est personnellement à l'origine de la manipulation ou qu'il en avait connaissance. La charge de la preuve est plus exigeante qu'en matière civile, mais ce sont les services de police et de gendarmerie qui se chargent de l'enquête.
Vices cachés ou délivrance non conforme : quelle différence ?
La question de la qualification juridique — vice caché ou défaut de délivrance — a longtemps divisé les tribunaux. La tendance jurisprudentielle actuelle est de retenir le défaut de délivrance conforme plutôt que le vice caché, ce qui est plus favorable à l'acheteur.
La distinction est importante car :
- L'action en délivrance conforme n'exige pas de prouver que le vice existait au moment de la vente, ni que le vendeur le connaissait. Le seul constat de la non-conformité suffit. Le délai d'action est de 5 ans à compter de la vente (article 2224 du Code civil. Il s'agit d'un délai de précaution. Cependant, on peut considérer que ce délai démarre à compter de la date de la découverte de la supercherie).
- L'action en garantie des vices cachés exige de prouver un défaut grave, antérieur à la vente et inconnu de l'acheteur. Le délai est de 2 ans à compter de la découverte du vice (article 1648 du Code civil), dans la limite de 20 ans à compter de la vente (Cass. Ch. mixte, 21 juillet 2023).
En pratique, devant le Tribunal judiciaire de Niort où je plaide régulièrement, je privilégie le fondement de la délivrance conforme combiné au dol lorsque la mauvaise foi du vendeur est démontrable. Cette double approche maximise les chances de succès et le montant de l'indemnisation.
La mention « kilométrage non garanti » protège-t-elle le vendeur ?
Non. La mention « kilométrage non garanti » ou « km au compteur non garanti » figurant sur le certificat de cession ne protège pas le vendeur en cas de compteur trafiqué. Cette mention ne fait pas obstacle à une action en justice.
La Cour de cassation a clairement tranché cette question dans un arrêt de la chambre commerciale du 29 novembre 2016 (n° 15-17.497) : la clause « kilométrage non garanti » ne fait pas obstacle à la caractérisation du manquement à l'obligation de délivrance conforme.
Cette position est logique. La mention « kilométrage non garanti » signifie simplement que le vendeur n'est pas en mesure de certifier l'exactitude du kilométrage affiché. Elle ne l'autorise pas à vendre un véhicule dont le compteur a été manipulé. Comme je l'explique régulièrement à mes clients, il y a une différence fondamentale entre ne pas pouvoir garantir un kilométrage et vendre sciemment un véhicule dont on sait que le compteur a été trafiqué.
De même, la Cour de cassation a jugé dès le 12 juillet 2005 que cette mention ne protège pas le vendeur contre une action fondée sur le vice caché.
Quelle est la responsabilité du vendeur professionnel ?
Le vendeur professionnel a une responsabilité renforcée en matière de vérification du kilométrage. Un arrêt récent de la Cour de cassation du 26 février 2025 est venu préciser que le professionnel qui certifie le kilométrage d'un véhicule engage sa responsabilité contractuelle de manière stricte.
Concrètement, cela signifie que :
- Le professionnel ne peut plus s'exonérer en invoquant simplement sa bonne foi ou l'absence de faute avérée
- Il lui incombe de prouver l'exactitude du kilométrage qu'il certifie
- Sa responsabilité est engagée même s'il n'est pas l'auteur de la manipulation
Cette jurisprudence renforce considérablement la protection des acheteurs face aux vendeurs professionnels (garages, concessionnaires, mandataires automobiles). Le professionnel doit désormais mettre en place des procédures rigoureuses de vérification avant toute certification du kilométrage.
Quel délai pour agir en cas de compteur trafiqué ?
Le délai pour agir dépend du fondement juridique choisi : 5 ans pour l'action en délivrance conforme ou en nullité pour dol, 2 ans pour les vices cachés, et 6 ans pour l'action pénale.
Voici le détail des délais applicables :
- Action en délivrance conforme (article 1604 du Code civil) : le délai de prescription est de 5 ans à compter de la vente (par précaution, mais surtout à compter de la date de la découverte de la modification), conformément à l'article 2224 du Code civil. C'est le délai le plus couramment appliqué en matière de compteur trafiqué.
- Action en nullité pour dol (articles 1137-1138 du Code civil) : le délai est également de 5 ans, mais il court à compter du jour où le dol a été découvert, c'est-à-dire le jour où l'acheteur a eu connaissance de la fraude.
- Action en garantie des vices cachés (article 1641 du Code civil) : le délai est de 2 ans à compter de la découverte du vice (article 1648 du Code civil), dans la limite d'un délai-butoir de 20 ans à compter de la vente. Ce délai-butoir de 20 ans a été définitivement confirmé par la Cour de cassation dans les arrêts de la Chambre mixte du 21 juillet 2023, puis réaffirmé par un arrêt de la première chambre civile du 29 janvier 2025 (n° 23-20.738).
- Action pénale pour tromperie (article L. 213-1 du Code de la consommation) : le délai de prescription est de 6 ans à compter de la commission du délit (vente du véhicule avec compteur trafiqué).
Mon conseil : n'attendez pas. Plus vous agissez rapidement après la découverte de la fraude, plus vos chances de succès sont élevées et plus il est facile de rassembler les preuves.
Comment prouver qu'un compteur a été trafiqué ?
La preuve de la fraude au compteur peut être rapportée par tout moyen : rapport HistoVec, factures d'entretien, historique constructeur, diagnostic électronique, expertise automobile. Un faisceau d'indices concordants suffit généralement.
Les preuves les plus efficaces
D'après mon expérience au cabinet de Bressuire, voici les preuves par ordre d'efficacité :
1. Le rapport HistoVec montrant une incohérence entre les kilométrages relevés lors des contrôles techniques successifs. C'est souvent la preuve la plus simple à obtenir et la plus parlante pour le juge.
2. L'historique constructeur obtenu auprès d'une concession agréée, qui révèle les kilométrages enregistrés lors des passages en réseau. La Cour de cassation a reconnu la valeur probante de ces documents dans son arrêt du 16 juin 2021 (n° 19-21.719).
3. Le rapport de diagnostic électronique montrant des écarts entre le compteur et les modules internes du véhicule (ABS, airbag, boîte de vitesses).
4. L'expertise automobile contradictoire réalisée par un expert indépendant agréé. Cette expertise a un poids important dans la procédure judiciaire.
5. Les factures d'entretien et le carnet d'entretien montrant des kilométrages supérieurs au kilométrage actuel.
Faut-il une expertise judiciaire ?
Non, contrairement aux litiges pour vices cachés classiques, l'action pour compteur trafiqué ne nécessite pas obligatoirement une expertise judiciaire. C'est un avantage considérable de cette procédure.
La Cour d'appel de Lyon a clairement posé ce principe dans son arrêt du 7 mars 2017 (n° 15/09622) : dès lors qu'il est « établi de façon certaine que le compteur du véhicule a été falsifié, il n'y a pas lieu à expertise ».
Cela signifie que si vous disposez de preuves suffisantes (rapport HistoVec, historique constructeur, diagnostic électronique), vous pouvez engager l'action directement sans avoir à passer par une expertise judiciaire, ce qui réduit considérablement les délais et les coûts de la procédure.
Quelle procédure suivre en cas de compteur trafiqué ?
La procédure type comprend trois étapes : la constitution des preuves, la mise en demeure amiable, puis si nécessaire la saisine du tribunal compétent. Voici le détail de chaque étape.
Étape 1 : Rassembler les preuves
Dès que vous soupçonnez une fraude au compteur :
- Générez un rapport HistoVec à partir du numéro d'immatriculation du véhicule
- Contactez une concession de la marque pour obtenir l'historique des passages avec les kilométrages
- Faites réaliser un diagnostic électronique par un garagiste ou un expert automobile
- Conservez tous les documents : annonce de vente, bon de commande, certificat de cession, factures, contrôles techniques
Étape 2 : La mise en demeure
Avant toute action judiciaire, je rédige pour mes clients une lettre de mise en demeure adressée au vendeur par courrier recommandé avec accusé de réception. Cette lettre expose les faits, les preuves de la fraude, et demande soit la résolution amiable de la vente (remboursement contre restitution du véhicule), soit une indemnisation correspondant à la dépréciation réelle du véhicule.
Cette étape amiable permet parfois de résoudre le litige rapidement et sans frais de procédure. Dans mon expérience, environ 30 à 40 % des dossiers se règlent à ce stade.
Étape 3 : L'action judiciaire
Si le vendeur refuse de coopérer, il faut saisir le tribunal compétent. La juridiction compétente dépend du montant du litige :
- Tribunal judiciaire pour les litiges dont le montant excède 10 000 euros (ce qui est fréquent pour les véhicules d'occasion)
- Tribunal judiciaire (chambre sans représentation obligatoire ou proximité (anciennement tribunal d'instance)) pour les litiges inférieurs à 10 000 euros
En Deux-Sèvres, la juridiction compétente est le Tribunal judiciaire de Niort ou le tribunal de proximité de Bressuire.
Si vous choisissez la voie pénale, vous pouvez déposer plainte :
- Auprès des services de police ou de gendarmerie de votre lieu de domicile
- Par courrier adressé au procureur de la République du tribunal judiciaire compétent
- Vous pouvez également vous constituer partie civile pour obtenir une indemnisation dans le cadre du procès pénal
Combien coûte une procédure pour compteur trafiqué ?
Le coût d'une procédure varie entre 1 200 et 3 000 euros selon la complexité du dossier, incluant les honoraires d'avocat, les frais de diagnostic et éventuellement les frais d'expertise.
À mon cabinet de Bressuire, je propose des forfaits adaptés pour ce type de dossier, avec une estimation transparente des coûts dès le premier rendez-vous. Sachez que si vous obtenez gain de cause, le juge condamne généralement le vendeur à vous rembourser une partie significative de vos frais d'avocat au titre de l'article 700 du Code de procédure civile.
Que peut-on obtenir en cas de compteur trafiqué ?
L'acheteur d'un véhicule au compteur trafiqué peut obtenir soit la résolution de la vente (remboursement intégral), soit une réduction du prix, auxquelles s'ajoutent des dommages-intérêts.
La résolution de la vente
C'est la solution la plus fréquente. Le juge ordonne l'annulation de la vente : l'acheteur restitue le véhicule et le vendeur rembourse l'intégralité du prix de vente. Cette restitution se fait à la valeur du prix d'achat, sans déduction pour l'usage du véhicule dans la plupart des cas.
La réduction du prix
L'acheteur peut préférer conserver le véhicule et obtenir une indemnisation correspondant à la différence entre le prix payé et la valeur réelle du véhicule compte tenu de son kilométrage réel. Cette option est intéressante lorsque le véhicule fonctionne correctement malgré la fraude.
Les dommages-intérêts
En plus de la résolution ou de la réduction du prix, le juge peut condamner le vendeur à des dommages-intérêts couvrant :
- Les frais d'expertise et de diagnostic engagés pour prouver la fraude
- Les frais de carte grise et d'immatriculation
- Le coût d'un véhicule de remplacement pendant la durée de la procédure
- Le préjudice de jouissance lié à l'immobilisation du véhicule
- Le préjudice moral résultant de la tromperie
- Les frais d'entretien supplémentaires liés au kilométrage réel supérieur
Cas particuliers : véhicule importé, vendeur insolvable, achat entre particuliers
Compteur trafiqué sur un véhicule importé
Les véhicules importés, notamment d'Allemagne, représentent une part importante des fraudes au compteur. La difficulté principale réside dans la traçabilité du kilométrage à l'étranger. Je recommande de :
- Utiliser les services de vérification transfrontaliers (Odopass, Histo-Auto)
- Demander l'historique d'entretien dans le pays d'origine
- Faire vérifier la cohérence des données du calculateur moteur avec un diagnostic électronique
Si le vendeur est un mandataire automobile établi en France, il reste possible d'engager sa respnsabilité.
Le vendeur est insolvable : que faire ?
Si le vendeur direct est insolvable, l'acheteur peut exercer une action directe contre les vendeurs précédents dans la chaîne de propriété. L'action en garantie des vices cachés est en effet transmise comme un accessoire de la chose vendue, permettant d'agir contre n'importe quel vendeur antérieur.
La Cour d'appel de Grenoble, dans un arrêt du 3 avril 2018 confirmé en partie par la Cour de cassation le 23 septembre 2020 (n° 19-13.652), a prononcé la résolution de la vente et condamné un vendeur intermédiaire à garantir le vendeur direct des condamnations prononcées à son encontre.
Compteur trafiqué entre particuliers
L'action en délivrance conforme s'applique pleinement entre particuliers. Le vendeur particulier est tenu des mêmes obligations de conformité que le professionnel. La seule différence est que l'article L. 213-1 du Code de la consommation (tromperie) ne peut être invoqué qu'à l'encontre d'un professionnel.
En revanche, le particulier vendeur de mauvaise foi peut faire l'objet d'une plainte pénale pour escroquerie (article 313-1 du Code pénal). La Cour d'appel de Versailles, dans un arrêt du 15 janvier 2015, a confirmé la condamnation d'un vendeur particulier pour escroquerie après modification du compteur kilométrique de 347 000 km à 87 000 km.
Comment se prémunir avant l'achat ?
La meilleure protection reste la prévention. En tant qu'avocat traitant régulièrement ces dossiers en Deux-Sèvres, voici mes recommandations concrètes avant tout achat de véhicule d'occasion :
Avant de vous déplacer :
- Demandez au vendeur de vous fournir le rapport HistoVec
- Vérifiez la cohérence entre l'annonce, le kilométrage et le prix demandé
- Consultez la cote argus ou La Centrale pour vérifier que le prix est cohérent avec le kilométrage annoncé
Lors de la visite :
- Inspectez minutieusement l'état d'usure de l'habitacle (pédales, volant, sièges, levier de vitesse)
- Vérifiez l'état des pneus et leur cohérence avec le kilométrage
- Demandez à voir le carnet d'entretien et les factures de réparations
- Inspectez le tableau de bord à la recherche de traces de démontage
Avant de signer :
- Faites réaliser un diagnostic électronique en concession ou chez un garagiste de confiance (50 à 150 euros)
- Contactez une concession de la marque pour vérifier l'historique du véhicule
- Ne vous précipitez jamais, même si le vendeur vous met la pression
Vous êtes victime d'un compteur trafiqué ? Je peux vous aider.
En tant qu'avocat exerçant à Bressuire et intervenant devant le Tribunal judiciaire de Niort, je traite régulièrement des dossiers de fraude au compteur kilométrique. Mon expérience me permet de vous conseiller efficacement sur la meilleure stratégie à adopter — qu'il s'agisse d'un règlement amiable rapide ou d'une action judiciaire.
Contactez mon cabinet pour un premier rendez-vous. J'examinerai votre dossier, évaluerai vos chances de succès et vous proposerai une stratégie adaptée à votre situation.
Je suis avocat à Bressuire, et j’accompagne au quotidien des propriétaires immobiliers, des artisans et des acheteurs ou vendeurs de véhicules confrontés à des situations juridiques parfois complexes, mais également dans le cadre de problèmes du quotidien.
Vices cachés, travaux mal réalisés, litiges avec un acquéreur, un artisan ou un client : je traite ces dossiers régulièrement.
Mon rôle est de vous permettre de comprendre vos droits, d’identifier les leviers d’action et d’agir rapidement, que ce soit par la négociation ou devant le tribunal.
J'ai choisi de m’installer à Bressuire pour proposer une relation de proximité, humaine et accessible à mes clients.
Je connais vos enjeux, vos contraintes, et m’engage à vous offrir des conseils clairs, concrets et sans jargon inutile.
Comment savoir si le compteur de ma voiture a été trafiqué ?
Consultez le rapport HistoVec gratuit, comparez les kilométrages des contrôles techniques successifs, vérifiez les factures d'entretien, et faites réaliser un diagnostic électronique chez un professionnel.
Quel recours en cas de compteur kilométrique trafiqué ?
Vous pouvez agir en justice pour obtenir la résolution de la vente ou une réduction du prix, sur le fondement du défaut de délivrance conforme (article 1604 du Code civil) ou du dol (articles 1137-1138 du Code civil).
La mention « km non garanti » empêche-t-elle d'agir ?
Non. La Cour de cassation a jugé que cette mention ne fait pas obstacle à l'action de l'acheteur (Cass. com., 29 novembre 2016, n° 15-17.497).
Faut-il une expertise judiciaire pour prouver la fraude ?
Non. Si les preuves sont suffisantes (HistoVec, historique constructeur, diagnostic électronique), le juge peut statuer sans expertise, ce qui réduit les délais et les coûts.
Les véhicules importés sont-ils plus à risque ?
Oui, les véhicules importés — notamment d'Allemagne — sont surreprésentés dans les fraudes au compteur car les données des contrôles techniques étrangers ne figurent pas dans HistoVec.



